LETTRE OUVERTE AUX RESPONSABLES D’UNE RELANCE EVENTUELLE DES REACTEURS DE DOEL 3 ET TIHANGE 2

Alors qu’ELECTRABEL assure que le redémarrage des réacteurs Doel 3 et Tihange 2, maintenus à l’arrêt suite à la découverte en août et septembre 2012 de nombreux défauts dans les cuves (jusqu’à 8000 « microfissures » dont la taille peut atteindre 24mm), est « sans danger », il y aurait des divergences entre les experts de l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) sur les conditions d’un redémarrage. Des informations et des tests supplémentaires ont donc été demandés à l’Electricien par l’Agence.

Cependant, à la question de savoir si, dans le cas où l’on construirait un nouveau réacteur nucléaire en Belgique, et que les tests de conformité de la cuve neuve mettaient en évidence la présence des mêmes défauts que ceux constatés à Doel 3 et Tihange 2, celle-ci serait-elle déclarée bonne pour le service ? La réponse de l’AFCN est: « Non ! ».
Willy De Roovere, ancien directeur de l’AFCN, ayant récemment pris sa retraite et étant ainsi libéré de son devoir de réserve, a déclaré en décembre dernier : « Il y a toujours un risque lié à l’énergie nucléaire. Et nous devons aussi nous demander si le risque est acceptable pour la société. Je pense qu’aujourd’hui il ne l’est plus. »

En tant que parents et citoyens, nous nous interrogeons sur la façon dont la décision de relance va être prise par le gouvernement. En effet, les citoyens n’ont pu assister à aucun débat et ne sont jamais consultés. Le parlement lui-même ne semble pas avoir beaucoup discuté de cette question. Or, la relance des réacteurs engage tout le pays et même ses voisins. Plus de 840.000 personnes vivent dans un rayon de 30 km autour de Tihange. Après la catastrophe de Fukushima, certains villages situés à 60 km étaient tellement radioactifs qu’ils ont dû être évacués. À une telle distance de Tihange on trouve des villes telles que Bruxelles, Liège, Namur, Charleroi, Aix-la-Chapelle et Maastricht.

Ce processus de décision soulève des questions non seulement sur le fonctionnement démocratique, mais aussi des questions de responsabilités qui nous semblent avoir été jusqu’ici largement sous-estimées.
Tout le monde sait qu’en cas d’accident nucléaire, les assurances ne remboursent pas les victimes. Tchernobyl a coûté plus 500 milliards d’euros et Fukushima en coûtera davantage. Il est évident que l’Etat Belge ne peut se porter garant pour les dégâts qui seraient occasionnés si l’un des réacteurs relancés venait à échapper au contrôle.
Or, l’opérateur privé refuse même de mettre en réserve les sommes préconisées par l’Organisme National des Déchets Radioactifs et des matières Fissiles enrichies (ONDRAF), nécessaires au démantèlement des centrales et au traitement des déchets nucléaires, ce qui oblige d’ailleurs l’ONDRAF à entamer une action en justice contre la Commission des provisions nucléaires, où les intérêts du secteur nucléaire sont représentés !


Si, en dépit des risques incalculables que ferait peser sur notre avenir à tous, la décision de relancer ces vieux réacteurs, manifestement défectueux, devait tout de même être prise, il nous semble logique que les décideurs prennent et assument toutes leurs responsabilités.
GDF-SUEZ, Electrabel, l’AFCN, le gouvernement actuel, et les autorités de sûreté,
Mr Gérard Mestrallet, Mme Sophie Dutordoir, Mr Jan Bens, Mr Di Rupo, Mr Melchior Wathelet, Mme Joëlle Milquet, …
Il nous paraît indispensable de fixer clairement, dès aujourd’hui, les responsabilités de chacun en cas d’accident.