enseigner, un métier qui s'apprend: sauvons la formation des enseignants_collectif étudiant de villeneuve d'ascq

Formation bradée, élèves en danger!


Nous, étudiants de l'IUFM Nord-Pas-De-Calais, et d'ailleurs, dénonçons la situation intolérable à laquelle nous sommes confrontés du fait de la mise en oeuvre de la réforme de la formation des enseignants imposée unilatéralement par le gouvernement.


1. Notre situation est d'abord intolérable du fait des modalités pratiques d'organisation de cette année universitaire dite de « transition » : que nous ayons ou non le concours, nous sommes à ce jour dans la plus totale incertitude quant à notre devenir à la prochaine rentrée...
Si nous avons le concours, tout indique que nous serons en charge d'une classe en pleine responsabilité, mais sans formation pratique préalable. On annonce que nous bénéficierons alors d'une « formation continuée » à hauteur d'1/3 temps (de classe? de temps global de travail?), mais nous n'en connaissons toujours ni le cadre, ni le contenu, ni le calendrier, ni les acteurs... Or, précisons que ce sont bien des fonctions identiques à celles d'un enseignant titulaire en charge de vrais élèves que nous devrons assurer.
Si nous échouons au concours, nous ignorons complètement ce vers quoi nous pourrons nous tourner: pourrons-nous nous représenter au concours l'année prochaine alors qu'il faudra désormais être inscrit en Master 2 et que la plupart d'entre nous ne possède qu'une Licence? Quelle sera la reconnaissance de cette année? Quelles seront les possibilités éventuelles de réorientation? Comment pouvons-nous encore en être là plus de quatre mois après la rentrée universitaire?
A ces préoccupations majeures liées à l'année prochaine vient s'ajouter le fiasco actuel des mises en stage dans les écoles dont l'organisation a été retirée aux IUFM. Qui est responsable de cette situation? Qui est en mesure de lever ces incertitudes? Nous avons besoin de conditions de travail beaucoup plus sereines pour nous préparer dignement au concours et à notre futur métier!
Les professeurs-stagiaires (PE2, PLC2, etc.) méritent également de meilleures conditions de travail. Ceux-ci pâtissent en effet indirectement du surcroît de travail que les incohérences de la réforme imposent aux équipes pédagogiques pour le suivi des candidats aux concours.

2. Les perspectives qui se dessinent en matière de formation aux métiers de l'enseignement sont ensuite intolérables. Les formes actuelles envisagées pour la Mastérisation de la formation sont qualifiées d'aberrantes et de destructrices par la plupart des experts de la formation des enseignants. La qualification des enseignants et l'adéquation entre leur formation initiale et les réalités de leur métier sont en jeu. La réforme du Gouvernement fait totalement l'impasse sur la nécessaire polyvalence de la formation disciplinaire des enseignants du 1er degré, et relègue les aspects réellement pédagogiques et professionnels de la formation de l'ensemble des enseignants à une véritable peau de chagrin.

Cette réforme placera en outre les futurs étudiants inscrits en Masters 2, et se destinant aux métiers de l'enseignement, au coeur de calendriers et d'exigences complètement inconciliables: validation d'unités d'enseignement universitaires; rédaction et soutenance d'un mémoire scientifique; préparation aux épreuves d'admissibilité et d'admission des concours de recrutement; anticipation de voies de réorientation en cas d'échec; 108h de stages de terrain, certes facultatifs (!), mais totalement indispensables (tout en restant largement insuffisants) s'agissant d'assumer la pleine responsabilité d'une classe à la rentrée scolaire suivante. Cherchez l'erreur!!!...

3. La situation est intolérable enfin, et surtout, pour le projet de société que cette réforme révèle et pour son coût social. Devenir enseignant supposera en effet désormais d'être en mesure de financer au moins cinq années d'études supérieures, contre quatre à l'heure actuelle (les lauréats aux concours accédaient précédemment au statut de fonctionnaire-stagiaire durant leur année de formation professionnelle selon le schéma suivant: obtention d'une Licence-année de préparation au concours-année de formation professionnelle rémunérée). C'est ni plus ni moins qu'une sélection par l'argent qui s'annonce. Des mesures de compensation ont été promises par le gouvernement (notamment des bourses au « mérite »), mais les choses restent, de ce côté, très très floues (nombre, montants, pérennité, etc.).
Autre conséquence directe: un accroissement sensible du fossé entre les élèves et les enseignants qu'ils auront face à eux; accroissement qui, c'est le cas de le dire, va à l'encontre du projet de réduction des inégalités sociales qu'est censée promouvoir l'école républicaine française.
Il est par ailleurs avéré que les étudiants mastérisés ayant échoué au concours auront vocation à intégrer une « Agence nationale de Remplacement », c’est-à-dire à se trouver en situation d'emploi précaire et sous-rémunéré (sans qu'il soit dit nulle part si ces « mastérisés-remplaçants » bénéficieront d'une quelconque formation pratique)…


Constatant donc au quotidien les impasses de la réforme de la formation des enseignants et inquiets des risques éducatifs et sociaux qu'elle fait encourir à la société française toute entière:
- nous demandons aux différents responsables ministériels, académiques et universitaires la levée immédiate des incertitudes concernant notre devenir à la prochaine rentrée scolaire ;
- nous demandons plus généralement la remise à plat complète du processus de réforme en cours et appelons l'ensemble des étudiants, parents d'élèves, acteurs éducatifs et responsables politiques... à nous rejoindre, à travers la défense de la formation des enseignants, dans la lutte pour la préservation et l'amélioration de la qualité de l'éducation qui sera dispensée aux futures générations d'enfants.